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INTERVIEW INEDITE de Dany Lahaye

INTERVIEW INEDITE de Dany Lahaye

Interview de Dany LAHAYE par Hannah BARRETH, Fondatrice de HorseAdvisor

Récapitulatif du parcours « extra-ordinaire » de Dany Lahaye:

Dany Lahaye a depuis son plus jeune âge la passion du cheval, de la peinture et de la musique classique.

Sa mère était professeur de piano et son père vétérinaire. Son grand-père, jockey et marchand de chevaux, lui offre son premier poney lorsqu’elle n’a que 2 ans, il lui donne ses premières leçons.

  • A l’âge de 5 ans, elle assiste, en compagnie de ses parents, à une représentation du Maître Nuno Oliveira. Elle est  éblouie et dès lors, sa mère l’emmène assister aux stages que donne le Maître en Belgique.
  • A l’âge de 8 ans, elle est formée par Georges Parotte, un très bon professeur qui a lui-même pris des leçons avec Nuno Oliveira. Il lui donne de bonnes bases et une bonne assiette.
  • Elle effectue son premier débourrage à l’âge de 10 ans: un poney  qui n’avait jamais été manipulé auparavant.
  • A 12 ans, elle monte avec un très grand professeur, Luc Pirick,  directeur de l’Ecole de Gesves (école dans laquelle on forme les moniteurs en Belgique), il lui donne ses premières notions de basse école.
  • Elle n’a que 13 ans lorsqu’il l’inscrit au stage du Maître Nuno Oliveira, et elle suivra son enseignement sans interruption jusqu’à la mort du Maître 14 ans plus tard.
  • A l’âge de 16 ans, elle commence à donner des leçons d’équitation.
  • Entre 16 et 18 ans, elle gagne de nombreuses épreuves de sauts d’obstacles.
  • Elle devient également l’élève de Joao Oliveira avec lequel elle se lie d’amitié.

Lors de son premier séjour chez le Maîtreau Portugal, à la Quinta do Brejo, elle découvre les chevaux de l’élevage du docteur José Menezes en montant Jabute et Levante, deux chevaux extraordinaires et merveilleusement bien dressés.

Comme cet élevage n’existe plus, elle entreprend de sauver la soucheet démarre son élevage avec lequel elle gagne de très nombreux prix,en particulier avec Duché, son étalon vedette qu’elle produit en spectacle (premier étalon lusitanien labélisé par France Dressage à Saumur).

Au décès de Nuno Oliveira en 1989 et plus tard de son fils Joao, Dany Lahaye se sent plus que jamais le devoir de transmettre cet héritage équestre, une équitation vivante, dans laquelle le cheval évolue décontracté, dans l’équilibre, l’impulsion et la légèreté.

Depuis plus de 30 ans, elle mène de front l’élevage et l’enseignement de l’équitation académique, elle se déplace en France et à l’étranger pour transmettre.

  • En 2000, membre de la Commission Portugaise à la Fédération Française d’Equitation, elle contribue à la création et à l’élaboration des premiers galops d’équitation portugaise.
  • En 2001, le Haras d’Alter do Chao lui délivre un diplôme d’équitation traditionnelle portugaise, de travail et tauromachique.
  • En 2009, l’Ecole Nationale d’Equitation et la Fédération Equestre Portugaise lui délivrent le diplôme tant convoité d’Instructeur.
  • En 2014, elle représente l’équitation académique de tradition française d’expression latine aux premières rencontres à Saumur.
  • En 2015, la Fédération Equestre Française lui délivre l’équivalent du DEJEPS.
  • En 2017, elle obtient l’agrément de formateur professionnel

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Interview

HA : Bonjour Dany,

DL : Bonjour Hannah,

HA : je dois avouer que je suis très impressionnée de vous rencontrer car j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour votre travail et votre parcours.

HA : Pourquoi avez-vous accepté de répondre à cette interview de HorseAdvisor?

DL : J’ai accepté de répondre à cette interview parce que je déplore un manque de connaissances et d’érudition  de la part des cavaliers d’aujourd’hui. Les gens regardent sur internet, les forums, etc. Certes ce sont de formidables outils mais à double tranchant : sur internet on n’apprend pas l’éducation juste. Combien de jeunes cavaliers ont lu les ancien maitres afin d’éveiller leurs esprits ?

On a trop tendance à s’emballer sur des approches à la mode selon les périodes et, en dépit de sa justesse, l’équitation classique passe aux oubliettes. Je regrette que ce ne soit pas cette équitation juste, et qui prône le respect du cheval et la légèreté qui soit mise en avant.

J’ai le sentiment que les cavaliers de nos jours ne connaissent rien d’autre que l’équitation de club ou l’équitation pratiquée en compétition de dressage.

J’aimerais donner aux cavaliers l’envie d’apprendre autre chose que ce qui leur est proposé aujourd’hui.

HA : Comment avez vous découvert l’équitation académique?

DL : J’ai eu la chance d’apprendre dès le départ, lorsque j’étais très jeune, avec des élèves de Maître Nuno Oliveira. Toute mon enfance et mon adolescence ont été bercées par cette équitation puisque j’ai eu la chance de voir pour la première fois le Maître Oliveira à l’âge de cinq ans. Ma mère m’a ensuite régulièrement amenée assister aux stages qu’il donnait en Belgique.

Ma mère, qui était pianiste et passionnée par les arts, s’est tout de suite rendue compte que l’équitation pratiquée par Oliveira et ses élèves relevait plus de l’Art que du sport.

Plus tard, lors de mes stages au Portugal, j’ai eu la chance de faire la connaissance de très grands écuyers : João Trigueiro de Aragão, Guilherme Borba, Dom José Athayde, le Professeur Celestino Da Costa, Fernando Sommer d’Andrade… mon œil s’est donc formé à une équitation juste, exécutée suivant les grands principes de l’Art Equestre transmis de générations en générations par les grands Maîtres jusqu’à ces grands écuyers

HA : Quel type d’équitation prônez vous? 

DL : Une équitation dans le respect du cheval, dans laquelle le cheval est un partenaire,  mais en même temps une équitation intelligente et élaborée et non pas empirique.

J’aime sauter, j’aime faire de l’équitation de travail et j’aime par-dessus tout la Haute Ecole, mais pour toute discipline quelle qu’elle soit, il faut avoir de bonnes bases, l’équitation ne s’improvise pas ! Le cheval est un être vivant, sensible et on ne peut pas faire n’importe quoi en montant sur son dos !

HA : Comment travaillez-vous au quotidien ?

DL : Dès le départ, dans le travail du jeune cheval, je recherche avant tout l’équilibre, la légèreté et l’impulsion, afin de parvenir plus tard à un vrai rassemblé qui sera obtenu non pas par la contrainte mais par des exercices appropriés. Personnellement, je n’enrêne quasiment jamais un cheval à la longe.

Comme disait le Maître :«  je veux des chevaux de feu conduits par un fil de soie ».

HA : Comment en êtes vous venue à l’élevage?

DL : Au départ, je ne comptais pas faire de l’élevage, je voulais créer une école dans laquelle les cavaliers pourraient venir monter des chevaux bien mis en Haute École.

Maître Oliveira m’avait fait monter deux chevaux extraordinaires, Jabute et Levante, deux chevaux de l’élevage du Docteur José Menezes. Le Maître m’avait parlé de ce petit élevage qu’il appréciait énormément et qui avait disparu. L’éleveur, vétérinaire, directeur des Haras Portugais, élève et ami de Nuno Oliveira est mort en 1970, n’ayant pas de successeur, les dernières juments sont parties à l’abattoir.

Le destin a mis sur ma route les cinq dernières juments qui n’avaient pas été abattues et qui portaient le « P »sur l’encolure désignant les meilleures juments sélectionnées comme reproductrices. C’est alors que j’ai décidé de sauver cette souche en achetant ces juments.

Après des années de recherches, j’ai réussi à obtenir les saillies des deux derniers étalons qui se trouvaient alors en Belgique. Il s’agissait d’Imperio et Invencivel que l’ont peut voir dans les livres du Maître

Tous les chevaux de mon élevage descendent de ces cinq dernières juments et de ses deux étalons ainsi que celle de Jabute.

HA : Quelles sont les spécificités des lusitaniens et plus particulièrement ceux de votre élevage?

DL : Le lusitanien a été sélectionné depuis des siècles pour son aptitude au rassemblé dans les airs de Haute-Ecole, pour son agilité et sa faculté à se mobiliser en tous sens. C’est un cheval docile qui n’a pas de vice.

Ce n’est cependant pas toujours un cheval qui convient aux débutants!

Les chevaux Menezes que j’ai choisi d’élever peuvent être qualifiés de «  force tranquille ». Ce sont généralement des chevaux avec de la taille, des allures amples, endurants et courageux.

La sélection des Menezes durant 80 années, ainsi que ma sélection durant presque 40 ans ont porté principalement, en plus de l’aptitude au dressage, sur la finesse sensitive, l’aptitude à apprendre, la qualité des allures, la qualité des aplombs et surtout sur le mental du cheval.

HA : Que pensez-vous de l’enseignement de l’équitation aujourd’hui?

DL : Je pense que c’est catastrophique. Quelle est aujourd’hui l’école d’équitation digne de ce nom capable d’enseigner les principes de base ?

Les gens sont déçus de l’équitation qu’on leur propose dans les clubs, ils se tournent alors vers l’éthologie, il y a parfois de bonnes choses en éthologie mais l’éthologie se fait principalement sur un travail en liberté, on monte peu les chevaux. C’est très bien si l’on veut faire du travail en liberté mais à ce moment là ce n’est plus de l’équitation !

La grande mode est l’équitation de compétition de dressage. Soi-disant un cheval n’a pas de valeur s’il n’obtient pas de résultats en compétition!

Je ne suis pas contre la compétition, mais les épreuves telles qu’elles sont faites vont à l’encontre de la bonne équitation. Et la manière dont notent les juges va à l’encontre du règlement de la FEI (article 419). Elle ne permet pas aux chevaux de sauvegarder la philosophie de la Haute Ecole c’est à dire de retrouver un élan classique empreint de légèreté et de travail juste qu’ils ont prévu pérennité de l’art équestre et cela ne correspond pas à ma philosophie.

HA : Quel conseil donneriez-vous à un cavalier de dressage souhaitant acquérir un pur sang lusitanien ? 

DL : Je lui conseillerais avant tout d’apprendre à aimer son cheval afin de faire ce qui est bon pour lui. Je lui dirai de lire les anciens maîtres car cela est indispensable et surtout de ne pas dresser son cheval uniquement en fonction des juges. Je le mettrais en garde de ne pas donner la priorité à la notation des juges mais de préserver intégrité physique et morale de son cheval.

Exemple : la fièvre de gagner enlève le fait d’être totalement à l’écoute de son cheval. Les cavaliers sont amenés à faire des choses qu’il ne faut pas faire, uniquement pour plaire aux juges et ce faisant ils sacrifient leur cheval. C’est à mon sens une grave dérive car les juges poussent à une équitation qui est en contradiction avec le bien-être du cheval.

Il faut être à l’écoute de son cheval, mais attention ! Cela ne signifie pas être « en mode bisounours », un cheval n’est pas un doudou et même si ce n’est pas par la force qu’on dresse un cheval, il ne faut pas tomber dans l’anthropomorphisme et avoir les gestes justes, monter juste. Trop de gens montent leur cheval sans savoir qu’ils le font souffrir. Monter juste ne s’apprend pas que dans les livres il faut un vrai bon maitre qui enseigne les vrais principes classique sur des chevaux d’école.

HA : Au fond quelle est l’essentiel de la philosophie que vous a enseigné le Maître?

DL : Regarder l’œil de son cheval en mettant pied à terre après une séance de travail et se demander si on a été à la hauteur de ce merveilleux compagnon!

Concernant l’équitation à proprement parler je remercie Nuno Oliveira de m’avoir donné les sensations que l’on ressent sur un cheval bien mis et rassemblé par un écuyer de génie!

Commentaire(s) (2)


  1. Dany, je vous admire depuis des années. J’ai bien conscience de la qualité de votre élevage, et si je pouvais prendre un deuxième cheval, je viendrais le prendre chez vous. Et “l’apprendre” avec vous. Amitiés, Catherine

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